Si difficile à comprendre.
J’aimerais pouvoir t’expliquer ce que je vis depuis maintenant plus de 10 ans et que tu écoutes, pas juste entendre. Que tu ailles jusqu’au bout, même si ça semble laborieux. Peut-être qu’à cette lecture, tu auras trouvé une réponse, un élan pour te battre, aider quelqu’un de ton entourage, ou tout simplement comprendre cette maladie, qui sait.
On ne peut pas décrire en quelques pages, toutes les étapes, les évènements, les réussites comme les échecs. Ni le cheminement, les médications qui ont été souvent à ré-ajuster, les thérapies individuelles et en groupe, les hospitalisations, les rencontres avec les intervenants, médecins de famille et spécialisés. Je ne peux pas décrire ce que ma famille de près et de plus loin, ce que mes amis ont dû supporter jour après jour, et être encore là près de moi aujourd’hui pour vivre avec moi, mon rétablissement et ma récompense face à mes efforts que j’ai dû faire par moi-même. Je ne veux pas non plus me plaindre, mais partager ce que moi j’ai vécu, peut-être que ça peut te faire du bien. En tout cas, ça me fait du bien, car c’est une maladie qui très souvent m’a fait très peur. Elle s’appelle, la dépression majeure.
Donc, cette lettre je me l’écris d’abord à moi. C’est égoïste dis-tu, oui ça l’est. Je pense à mon bien-être avant tout. Je l’écris, parce que ça me fait du bien, ça me libère d’un poids et en même temps je le partage en espérant que peut-être je ferai la différence dans la vie de quelqu’un.
Du même coup je l’écris pour tous ceux et celles qui veulent en savoir un peu plus sur cette maladie. Si cette démarche pouvait aider quelqu’un d’autre, j’en serais très heureuse et je m’en féliciterais. On n’a pas besoin de descendre aussi bas que moi, pour aller demander de l’aide. Dès les premiers symptômes, on doit s’en occuper.
L’autre soir, une émission à la télé disait que la dépression majeure est une maladie au même titre que l’alzeimer, et le parkinson. C’est seulement, différentes hormones qui font défaut. Pourtant, les personnes qui sont atteintes de dépression, font face à plein de préjugés et donc de blessures profondes qui se rajoutent aux symptômes déjà pas facile à combattre.
La dépression, c’est une baisse de sérotonine. L’alzeimer et le parkinson, c’est 2 autres sortes d’hormones qui sont en baisse aussi. Tout ça au niveau du cerveau. Personne n’y peut rien. C’est comme la couleur de nos cheveux naturels, à part les teintures notre couleur naturelle sera toujours la même. Seulement le temps, les efforts qu’on y met, les médicaments à prendre, suivre les conseils des intervenants médicaux et en général pourront venir à bout de cette maladie. Car contrairement à l’alzeimer et le parkinson, au moins dans la très grande majorité du temps, la dépression on s’en sort.
Pour la dépression, c’est une baisse de sérotonine au niveau du tronc cérébral (la nuque) qui affecte le sommeil, Par exemple, nous dormons des heures et des heures, des jours et des jours et des jours entiers si possible, et tout le temps d’un sommeil profond (très souvent accompagné de cauchemars).
C’est aussi une baisse de sérotonine au niveau central (comme entre les deux oreilles), ça affecte tout ce qui est sentiments, émotions, plaisirs, peines, colères, etc… Normalement, quelqu’un qui n’est pas atteint de dépression, c’est comme si ce niveau était encadré, donc les émotions sont vécues sans débordement, avec un certain contrôle, dans les normes de la normalité. Mais pour les dépressifs, il y a une baisse de cette sérotonine, donc, il n’y a plus rien pour délimiter l’ampleur des proportions inimaginables et très insupportables des émotions. (C’est pourquoi tant de suicides.)
Le 3e niveau où il y a une baisse de sérotonine, c’est au niveau frontal, mais assez haut. C’est là que se régit l’intelligence, la mémoire, la concentration, la prise de décisions, etc. Donc, tout ça est affecté, plus de mémoire, plus de concentration, lire une ligne 5-6 fois ne pas la comprendre ni s’en souvenir. Essayer de décider à l’épicerie tel ou tel morceau de viande par exemple, pendant au moins 20 minutes pour finalement ne rien prendre, car incapable de prendre de décision. C’est pareil pour tous les volets de la vie au quotidien, compte Bell, que faire avec ça, comment s’en occuper, une permission à donner à un enfant, on fini par répondre « demande à ton père », sur la route, quel chemin prendre, ou se demander, où est-ce qu’on s’en va (pourtant sur une route que l’on prend tous les jours), il faut se concentrer à se rappeler d’où on arrive pour enfin comprendre où on s’allait, chez-soi, on veut s’habiller, quel chandail choisir, etc…, tout y passe.
Avec tous ces symptômes, c’est assez pour souvent penser que l’on va devenir folle, que ça va craquer. On pleure, on cri à l’aide, c’est insupportable, invivable, c’est d’une urgence majeure à soulager et on y comprend rien. Tout allait si bien, on se questionne, on veut être positive, etc… rien à faire, la dépression s’est installée. Dormir, dormir, le plus souvent, le plus longtemps, ça nous semble être la seule façon de se soulager au moins de façon temporaire.
Vivre avec cette maladie c’est tout, sauf facile. Si ce n’est pas l’enfer, c’est la porte juste à côté. Il ne fait pas chaud, pas de flammes. C’est noir épais, ça se renferme de plus en plus sur soi, ça nous envahi de plus en plus, jusqu’à ne plus être capable de rien, de manquer d’air, de croire qu’on est entrain de devenir folle, de craquer dans un monde où il est impossible de faire marche arrière.
De lutter, lutter, combattre comme un noyé qui veut au moins garder son nez hors de l’eau, mais à la longue t’as beau être courageuse, combattante, penser à ceux qui t’aiment, à ceux qui t’appui, c’est plus fort que tout, c’est trop, c’est trop, c’est plus fort que toutes nos forces, nos énergies, notre tolérance, c’est si inhumain à supporter. Alors, on lâche prise et on se noie, c’est le suicide. C’est la délivrance ultime, la seule à laquelle on croit. Oui, c’est une maladie grave, souffrante et mortelle.
Je sais aujourd’hui que j’ai été chanceuse, à toutes les fois où j’ai lâché prise, quelqu’un m’a soit disant < sauvé >. Le retour à la réalité a toujours été très pénible en a pas trouver les mots.
Alors, pourquoi on ne comprend pas la dépression, quand on comprend l’alzeimer, le parkinson. On ne leur demande pas à eux de se forcer, d’être positif, d’être plus fort que les symptômes de leur maladie. Et surtout, on ne les juge pas.
Les préjugés, font parfois plus de tords que les symptômes eux-mêmes de la maladie.
La dépression est mal jugée. Elle est entourée de préjugés, elle est encore vue par trop de gens comme un maladie honteuse. Plusieurs pensent encore que c’est une maladie pour les personnes qui sont faible, sans caractère, sans but, qui veulent attirer l’attention sur elles, etc… Pourtant si les gens qui ne sont pas atteint en vivaient seulement 10 minutes, ils seraient pour commencer très heureux de revenir à eux-mêmes au bout de leurs 10 minutes. Et ils sauraient que si les dépressifs recevaient au contraire, l’appuie des gens qu’ils aiment, une écoute active et un traitement avec respect des gens qui les entourent, tout en continuant la vie telle qu’elle se présente, les dépressifs se sentiraient moins coupable face à une maladie qu’ils n’ont surtout pas demandé, aux même titres que les diabétiques ou ceux qui sont aux prises avec une maladie du cœur, par exemple ou le parkinson et l’alzeimer. La guérison se ferait plus facilement, la maladie semblerait moins terrible pour ceux qui en sont atteint. Simplement le fait de savoir qu’on a quelqu’un sur qui s’appuyer, c’est rassurant dans une maladie si épeurante.
Ma dépression a été longue à passer? Oui, j’ai eu des symptômes assez sévères qui ont duré longtemps qui s’amélioraient et qui refaisaient surface. On m’a aussi dit que naturellement, je suis une personne sensible, que je vis mes émotions en double de la grande majorité des gens. Donc, quand je suis contente, je le suis beaucoup, quand j’ai de la peine, c’est une grosse peine. Les émotions que je vis ne sont pas facile à gérer parce qu’un rien me fait réagir, autant du côté heureux que malheureux. Avec le temps, j’apprends à me protéger, à faire attention à mes émotions. Par exemple, je ne fais pas exprès de me placer dans des situations d’échecs. Avant de prendre une décision, j’y réfléchis 2 fois plutôt qu’une, c’est mieux.
J’apprends à vivre avec toutes ces découvertes et beaucoup d’autres de moi-même, j’apprends à gérer mes émotions, à les accepter, je me laisse moins envahir par mon extérieur. J’apprends à apprécier ce que la vie m’offre de bon, de beau et en profiter, sans me sentir coupable de ce bonheur qui m’est offert.
Car qu’on le veuille ou pas, la dépression si on veut vraiment s’en sortir, il faut absolument faire une introspection en règle, en détail et à s’ajuster à tout ça. Il faut à tout prix, se re-bâtir. Donc il faut changer des choses de notre vie qui ont toujours été là, mais qui nous sont vraiment inutiles ou nuisibles, il faut s’en débarrasser et renforcir ce qui est bien et bon pour nous-même. Il faut apprendre à vivre avec sa propre personne, à sa propre façon tout en prenant en considération notre entourage et cette fameuse société qui nous entoure.
C’est un combat de chaque instant. Car même quand on se croit guérit, si on ne veut pas faire de rechute, si on ne veut pas retourner dans cet enfer, il ne faut jamais perdre de vue notre fragilité et nos richesses acquises.
Alors, quand il y a des personnes qu’on aime ou des évènements nous blessent, nous exigent, ne croient pas en nous, ça nous oblige à prendre des distances pour se sauver (la vie), C’est parce que la vie ne tient qu’à un fil si mince et que c’est tellement douloureux et insupportable, qu’il vaut mieux éviter ou contourner certains obstacles, en espérant que ça ne sera que pour un court lapse de temps. Mais c’est toujours trop long et souffrant. Pourtant un dépressif, quel que soit l’âge qu’il a, c’est dans des bras accueillants qu’il retrouve le plus chaleureux des réconforts. Ça ne guéri pas, mais ça fait du bien. Y’a rien comme l’amour et le soutient des siens pour donner un sens à cette vie qui était devenue si insupportable. J’ai pleuré, on aurait dit des larmes de sang, tellement j’en ai eu de besoin.
La dépression est un mal sournois et vicieux. C’est une maladie, dont je dois apprendre à vivre avec jour après jour, et surtout, une journée à la fois, car on dirait qu’elle ne me lâche pas, elle s’est accrochée.
J’ai eu et j’ai encore un bon, plus que bon mari, Robert, s’il pouvait, il aurait pris toutes mes souffrances. Mes filles, Valérie et Caroline, ont été compréhensives, attentionnées, présentes, j’ai su que je pouvais m’y fier, je les adore. J’ai eu aussi quelques amies, quelques membres de ma famille qui ont été là. D’autres ont choisi de prendre des distances, c’est leur choix que j’ai respecté même si j’en ai beaucoup souffert au début, car je sais que c’est difficile à comprendre et qu’en plus, il n’y avait rien d’intéressant avec moi.
Fini l’fun, les soupers agréables, les randonnées, les plaisirs de la vie ordinaire de tout le monde quoi. Je ne pouvais ni aider, ni écouter qui que soit, car j’avais déjà peine à respirer. Pendant une période de temps, à la seule pensée que quelqu’un pensait à moi m’était insupportable, ça me créait une pression énorme. C’est comme si ça me demandait un effort supplémentaire que je n’avais plus. On s’accrochait à moi, et je ne voulais pas. Car moi, je décrochais de la vie.
Mais, comme tu vois, je n’ai jamais totalement décroché. La vie s’est accrochée à moi, les gens qui m’aiment aussi. Et tout doucement, graduellement je me suis accrochée à elle, la vie et à ceux qui m’aiment et que j’aime. Je n’ai aucune colère, aucune rancune, rien de ce genre envers ceux qui ont choisi de ne plus faire partie de ma vie. Et je continue à me battre pour vivre contre cette maladie au même titre qu’un cancéreux qui veut gagner sa bataille.
Aujourd’hui, demande à ceux qui me connaissent comment je suis, ce que je suis devenue. Je me suis même découvert une passion, la peinture à l’huile. Elle fait partie des premiers éléments qui ont commencé à rallumer la flamme en dedans de moi quand j’étais dans le noir. Sans que je m’en rende compte, elle a fait battre mon cœur de mieux en mieux. Elle a réchauffé mon intérieur. En faite, elle a contribué à me redonner la vie. C’est plus qu’une passion pour moi, c’est devenu un mode de vie. J’ai besoin de peindre. Ça me remplie. Et ce qu’il y a de merveilleux, c’est qu’on me donne l’opportunité de partager cette passion avec pleins de gens qui viennent apprendre ce que je connais. Merci.
Ceux qui m’aiment vraiment sont fiers de moi et pour moi. J’ai mené un combat de tous les instants, en m’accrochant à eux et avec le temps à moi aussi. Et je ne reçois que récompenses. Mes efforts ont value la peine que je les fassent car c’est moi la première qui en bénéficie et par le fait même mon entourage qui le mérite aussi.
Oui, car un jour j’ai su et j’ai surtout cru que j’en valais la peine. Il me fallait passer par cette maladie pour pouvoir encore plus comprendre le vrai sens de la vie, de ma vie. Et le mieux dans tout ça, c’est que je gagne la bataille. Je deviens plus forte que la maladie. J’en réponds des préjugés, je les fais mentir, et je m’en sens que mieux.
J’ai écris cette lettre parce que je sais que je ne suis pas la seule à faire face à cette maladie. Je l’ai écrite pour tu puisses savoir un peu plus ce que nous vivons jour après jour. Je l’ai écrite aussi pour que tu saches qu’il faut se battre à tout prix. Que la bataille n’est jamais totalement finie. C’est une maladie sournoise qui guète sa proie, mais on apprend à être encore plus rusée qu’elle.
Pour gagner la bataille, il faut se trouver des raisons pour se battre. Peu à peu on doit apprendre à s’aimer assez pour survivre à cette maladie. Il faut puiser dans notre fort intérieur toutes nos ressources si minces soient-elles pour commencer à s’en sortir Que l’énergie positive de ceux qui ont choisi de nous appuyer, bien on s’en sert pour se donner des forces et une autre raison de se battre. Parce que pour s’en sortir on a besoin de notre entourage. J’ai compris et je sais que chacun a son lot à porter, chacun ses souffrances, chacun ses tourments. Mais on dit que l’union fait la force, alors je m’en sers.
Je ne prétends pas tout connaître sur cette maladie. J’ai encore beaucoup à apprendre.
Cette lettre n’est pas un outil de référence. Ce n’est surtout pas scientifique. J’ai simplement voulu partager un volet important de mon cheminement de vie. De démontrer qu’à force de persévérance, de courage, de bonne volonté, et qu’avec les bons outils, peu importe les embûches qui se retrouvent sur notre passage, même quand ça nous semble impossible, on peut se battre et gagner ses combats et atteindre ses objectifs.
Alors peut-être trouveras-tu cette lettre ennuyeuse, plate, sans intérêt, tant pis.
Si par contre, il y a certaines choses dans cette lettre qui te font du sens, et bien sers-toi en pour te battre. Parles-en au plus grand nombre de personnes possible, pour leur dire que ce n’est pas une maladie honteuse, que c’est une maladie importante, etc… et qu’elle mérite qu’on s’en occupe.
Plus de gens en parleront, plus de gens seront informés, moins de gens auront de préjugés qui détruisent les gens qui sont aux prises avec cette maladie.
Et plus facile sera la guérison pour ceux qui en sont atteint.
Alors tu fais de cette lettre ce que tu veux ou ce que tu peux. Je suis et serai toujours là pour écouter.
Francine, 17 décembre 2005.